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Un calendrier peut en cacher ...

Les bases de notre calendrier reposent toujours sur celui des sociétés agraires antérieures à notre civilisation industrielle. L'homme, pour vivre, était soumis aux évènements naturels et saisonniers. L'ouverture des saisons donnait lieu à des manifestations d'ordre social diverses : rites et sacrifices, assemblées et enfin réunions festives. Il s'agissait de renouveler l'alliance entre les puissances célestes et la terre, et encore reconstruire l'année quand celle-ci était achevée.

La Lune nouvelle décidait du début du mois. Le jour commençait au coucher du Soleil. Partagée en quatre saisons, l'année débutait par l'Hiver.  La saison se déroulait en deux phases. La première, sombre, correspondait à la montée en plénitude d'une durée de 6 semaines ou de 40 à 45 jours. La seconde, claire, d'égale durée, correspondait à celle de sa déchéance. L'année était ainsi constituée de huit périodes alternativement sombres et claires. Finalement, toute organisation ou toute chose sur terre répondait à ce principe de régulation. La fête prenait ainsi toute sa signification dans le temps et dans l'espace.

La calendrier moderne a conservé cette trame. Bien des adaptions sont intervenues depuis, selon chaque époque de culture ou de tradition, chacune ayant laissé sa marque. Le christianisme  a construit son cycle liturgique sur ces mêmes  structures. Le druidisme avait longuement résisté  à celui-ci jusqu'au 12ième  siècle dans les régions les plus boisées d'Europe. Malgré son éradication, les paysans, les paganus de ces régions, à fort substrat celtique s'opposèrent vivement à la christianisation de certaines croyances et dévotions druidiques:  le culte des sources et des fontaines et des arbres. L'église dut accepter des compromis; aussi, retrouve-t-on encore dans le calendrier actuel bien des dévotions et rites issus d'une greffe sur des souches celtiques ou préceltiques ou encore païennes. L'exemple le plus marquant est la création de la Nativité du Christ au 25 Décembre. L’année chrétienne, comme l’année celtique, se répartit en huit cycles carnavalesques de six semaines chacune.

Le calendrier actuel est semi-lunaire.  Pâques est fixé au  premier Dimanche après la pleine Lune de Printemps.  En revanche Noël  est fixé au moment de la plénitude de l'Hiver: au Solstice. Ce calendrier  hybride brouille quelque peu la signification de certaines fêtes figurant toujours aux dates de l'ancien calendrier solaire. C'est le cas, par exemple, de  la Saint Valentin  toujours inscrite au 14 Février. Elle marquait jadis  la Mi-carême commencée au lendemain de la Chandeleur. La fête d’ouverture[1] celtique du Premier Mai, ancrée dans les mémoires, est réapparue en l'honneur du travail. Dans cette avancée, on notera la Fête des Mères, des Pères, des Grands-Mères etc. Alors que les fêtes traditionnelles de Jeanne d’Arc et des Rois Mages se font très discrètes, elles tombent peu à peu dans la désuétude. Les armistices des grandes guerres mondiales sont commémorées et chômées.

De  nouvelles fêtes apparaissent sans pour autant figurer officiellement sur le calendrier, par exemple Halloween. Mais, la Toussaint chrétienne, bien ancrée résiste de par... son substrat celtique! La Fête de la musique, au Solstice d’Eté,  est une manifestation populaire et musicale. Elle perdure et se prolongerait volontiers toute l'année.

Les fêtes religieuses, fériées et chômées, ne sont plus que des phares dans le maquis du planning informel des festivités, véritable casse-tête à tous les échelons de la planète. La refonte de l’organisation du travail et des rythmes scolaires, dans le monde occidental, a bouleversé la vie économique et les comportements humains.  La fête de nos jours est quasi permanente et a perdu toute signification. Malgré l'ambiance verte, le monde perd ses repères cardinaux, cosmiques, qui furent les fondements de toutes sociétés.

[1] Il s’agit des fêtes d’ouverture des saisons.