La chambre à grains

La chambre à grains
La chambre à grains
par Francis André-Cartigny
 
Jadis, les familles modestes des campagnes, si elles possédaient une parcelle de terre, subvenaient chichement à leurs besoins en cultivant des céréales. A l’époque de l’entrée du Soleil  dans le signe de la Vierge, symbole de la mort et de la récolte,  le blé était récolté.

Après le passage du meunier, les paysans avaient entreposé ce qu’ils réservaient aux prochaines semailles, dans une pièce aveugle du grenier réservée à cet usage exclusif. Hors de la lumière à l’étage, au plus proche du ciel, les grains attendaient leur moment. Dans le noir, ce non-être, le blé, telle une âme espère la lumière nouvelle. La vie se prépare  dans le secret de la Nuit et  la lumière se manifeste à sa sortie, à l'Aurore. Le coq, cet oiseau annonciateur  aime beaucoup le blé, et il sait avant tous l’heure  du retour du Soleil. Les plumes de sa queue en forme de croissant de Lune lui confèrent ce pouvoir. La Lune est le reflet du Soleil.

Le blé  dort  sous  la charpente. Les indiens la comparent à la voûte céleste conçue par le charpentier Sthapati,  l’architecte de l’univers. C’est  à son fils adoptif Agni que revenait l’exécution de son œuvre. Cela nous rappelle Joseph le charpentier et son fils adoptif  ? La construction de tout édifice devait s’inspirer des principes cosmiques. Les poutres porteuses se rejoignaient au centre et symbolisaient ainsi les rayons du soleil. Aussi, le coq perche-t-il sur le clocher.

Le bois, chez les grecs, était le principe substantiel du cosmos, la Materia Prima et par conséquent le monde lui-même1. Et nous comprenons pourquoi Nos Ancêtres les Gaulois craignaient tant que le ciel leur tomba sur la tête, signe de la fin du monde.

Enfin en anglais beam signifie à la fois poutre et rayon. L’examen d’un charpente traditionnelle le prouve. De Bam en luxembourgeois signifie arbre. Le bois du mot grec hûlé : Huelz ou Holz en luxembourgeois. La pièce à grain en luxembourgeois : Fruuchtkummer, traduit littéralement  par chambre à grain. Est-ce bien dans une chambre que l’on naissait ou mourrait en temps de paix et en temps de guerre dans les champs de blé ?

1 René Guénon – Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le compagnonnage – Editions traditionnelles.