Les mystères de la forêts

Forêt de Merschweiler
Quelle bonne odeur que celle du bois entré dans la maison, qui nous aidera à passer la nuit de l’hiver.
 
Monsieur Gaston Roupenel dans son ouvrage Histoire de la Campagne Française, publié aux Éditions Grasset, écrivait en 1932 à propos de la forêt : « son histoire est terminée quand commencent nos brèves annales » Qu’écrirait-il de nos jours ?

Une forêt se traversait comme une mer et on pouvait s’y noyer, c’est à dire s’y égarer. N'a-t-on jamais ressenti une pointe d’angoisse en la pénétrant ? Cette peur ancestrale provoquée par toute immersion remonte du fond de notre conscience. L’approche de la forêt provoque chez l’homme une interrogation sur son devenir. Le promeneur abandonne alors, d’une certaine manière, la lumière pour les sombres profondeurs d’une mer d’arbres. Son mystère est analogue à celui de la nuit et l’homme pourrait encore la craindre comme le Dragon surpris dans sa grotte. Il y a encore peu de temps le loup des bois hantait encore nos esprits.

Disparu, englouti dans les hautes futaies, dans le silence, le promeneur entend battre son cœur. Il sait que "Mille" yeux l’observent. Les bûcherons autrichiens taillaient lors des coupes de bois le masque d’un esprit de la forêt.

Elle est la nuit où la faune vit comme dans les contes germaniques de la Forêt Viennoise. C’est au cœur de celle-ci, près de l’eau que la fée Morgane surprend Arthur ou que Mélusine surprend le Comte Siegfroid. Elle est la nuit de l’homme par opposition au jour que symbolise la pleine campagne. Elle est le sommeil, la nuit réparatrice et inspiratrice de l’homme. Elle n’est pas seulement la « fameuse » cathédrale verte, mais elle est aussi le lieu de la restauration de l’homme et de la terre. Elle est le lieu de la transcendance divine. Les piliers « fleuris » des cathédrales gothiques du Moyen-âge rappellent les arbres d’une forêt. L’aspérule en fleur à sa lisière nous invite au mois de Mai à pénétrer dans son cœur cueillir le muguet au début de la lumière de l’Eté, quand le temps de Noël commence à dévorer l’espace de la Saint Jean et que le monde se défait pour se refaire.

C’est dans l’obscurité que les mystères se préparent. Les branches des arbres sont des mains dans lesquelles l’homme remet son esprit. Aussi, quand l’homme  s’y aventure, il doit y pénétrer en silence sans commettre d'excès comportementaux ou vestimentaires  qui chassent l’esprit et effraie la faune qui l’observe secrètement. Il doit savoir comme l’écrivait Gaston Roupenel :
"La forêt n’était pas seulement l’indispensable ressource et le complément de la vie rurale, elle était dans la composition de la campagne l’élément de liaison et d’entente.» et de poursuivre, « C’est dans son sens antique, empli des rappels et des souvenirs de la vie indocile que venaient se réfugier la secrète rumeur et l’activité échappées des contraintes sociales ».

La conscience humaine s’est certainement révélée et développée dans les grandes forêts du Moyen-âge. Que de mystères s’y sont révélés comme en témoignent les contes et les légendes celtiques ou les mythes. Les anciens avaient peur de ces forêts profondes et sauvages. C’est bien cela. Qui a encore peur de la forêt de nos jours ? Réapprenons à avoir peur de la forêt  du loup, symbole de notre conscience, de notre propre image et du monde d’où nous venons et devrons retourner.

En rendant la forêt à elle et en la sanctifiant, elle reprendra son rôle utile pour le monde. Notre société soigne l’arbre et non pas la forêt, comme la médecine moderne occidentale soigne le mal d’un organe et non pas le corps et l’esprit de l’homme. Les bûcherons traditionnels, les authentiques « docteurs » de la forêt, ont disparu. Tout paysan  fut bûcheron et possédait l’esprit de la forêt. Tout paysan fut aussi chasseur, même s'il braconnait.

L’homme de nos jours croit aimer la nature parce qu’il aime s’y rendre et s’y ressourcer soit disant. Il imagine que la forêt et la nature lui donnent la santé lors de ses seules visites. Certes se rendre dans ces endroits est agréable et certainement sain, mais forêt est silence.