Le malheur d'être Roi

Louis XVI
La fin tragique de Louis XVI suscite toujours parmi la population la même interrogation quant au sort que ses juges lui réservèrent.  On  le dépeint volontiers indolent et  frivole. Ecrit de sa main, le seul mot rien figure à la date du 14 Juillet 1789 de son soit-disant agenda. Il ne s’agissait que de son carnet de chasse!

Expert en géographie, l’outre-mer le passionnait. Son autorité en matière d’ingénierie navale, son vif intérêt pour les sciences en général et la connaissance parfaite du fonctionnement de la Justice et des institutions surprendront toujours l’historien. Maître de la politique internationale qu’il dirige personnellement, le monarque étudiait minutieusement tous les dossiers, les hommes qu’il rencontrait, la littérature classique et étrangère et maitrisait la langue anglaise entre autres.

Un roi ne s’appartient pas. Prisonnier de la cour, il ne pouvait allait librement vers la vie cruellement mal-odorante des classes souffrantes de son peuple. Or, son destin lui offrira plus tard mainte fois l’occasion de la découvrir. Le Roi était la France. Louis connaissait ses devoirs. Il savait que le peuple lui remit par l’intermédiaire de Dieu sa couronne. L’heure était venue de se présenter devant ce peuple.

Debout devant l’assemblée de la Convention restée assise, Louis reste Roi et son Royaume n’est pas de cette Assemblée mais de son peuple. Robespierre déclare à ses pairs : Il n’y a pas ici de procès à faire. Louis n’est pas un accusé, vous n’êtes point ses juges ; vous êtes, vous ne pouvez être que des hommes d’état et les représentants de la Nation. Vous n’avez point de sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à rendre, un acte de providence nationale à exercer. Le père du peuple devait disparaître, ne plus exister. Il fallait anéantir tout espoir de retour de cette dynastie de par la grâce de Dieu.

Un matin, les mains ligotées, le corps du Roi est pressé sur la planche mobile de la terrible guillotine érigée sur la célèbre place royale  sur laquelle de nos jours se dresse l’obélisque de l’illusion, symbole de l’échec et mat au Roi. Comme la décollation de Saint Jean, celle de Louis devait annoncer une nouvelle ère, ce 21 Janvier, jour où le Soleil entra dans la constellation du Verseau. Louis renaissait Chevalier du Christ par la « lame », comme lors de l’adoubement. Il fallait moissonner. La tête de Louis après son séjour dans les greniers de la Conciergerie fut mûre comme les blés avant d’être broyée par le meunier. La tête royale séparée de son corps ne plongera plus dans le Monde Intermédiaire entre  Ciel et  Royaume.

Prisonnier et soumis à la volonté divine jusqu’à sa dernière heure, il écrit ces lignes extraites de son testament rédigé à la Conciergerie:

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux cha­grins que j'éprouve, qu'il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois, mais, en même temps, qu'un Roi ne peut les faire respecter et faire le bien qui est dans son cœur qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.

Lire le Testament de Louis XVI
Bibliographie :
Louis XVI - Jean Christian PETITFILS - Editions Perrin - 2003
Louis XVII - Jean CHARLES-ROUX - Cerf - 2007