Qui confond revenir et pélerinage ?

Sierck-les-Bains (Moselle)
Visiteur d’un jour ou d’une heure nous gagnons furtivement la ville où nous vivions dans une autre vie. Nous osons à peine poser notre regard sur la maison qui fut nôtre. Combien de fois avons-nous songé à ce voyage ? A présent,  plantés dans cette rue devenue froide et triste, écrasés par le décor, nous sommes plongés dans une nouvelle dimension.

Le célèbre cinéaste Alexandre Arcady accomplit son pèlerinage au pied de la Casbah d’Alger, dans la rue du Lézard où il naquit. Il osa filmer sa démarche personnelle et intime. Il présenta son reportage sur une chaîne de télévision française, et ne put résister au besoin de partager avec le public son authentique saudade (1). Il  le fit avec avec émotion  en photographiant lui-même sa maison natale devant les caméras plantées dans la rue de son enfance. Rien n'avait changé,  comme hier d’autres enfants inconnus jouaient aux mêmes jeux, inconscients du drame qui se déroulait chez ce banal touriste.

Celui-ci fut contraint  d’abandonner sa « patrie » voilà des dizaines d’années déjà.

Par cet acte symbolique et solennel, ce personnage du cinéma décida de transcender sa condition d’exilé. En appuyant sur le déclencheur de son appareil photographique, il déclara  : « Voilà, je ne suis plus qu’un touriste anonyme». L’œuvre de ce célèbre metteur en scène pris ainsi toute sa dimension. On mesure sa profonde et sourde tempête intérieure qu'il éprouva après son embarquement pour la France.

(1) Mot portugais, intraduisible, décrivant un sentiment de peine et de mélancolie, dont on souffre et qui finalement avec le temps accompagne doucereusement la misère du coeur.