Revenir

revenir
Revenir, c’est se retourner sur Sodome et Gomor et surprendre l’œuvre du temps.
Revenir, c'est risquer la douleur d'un soldat après la guerre, hébété devant  son village en ruines ou sous les décombres.
Revenir, c'est goûter aux sentiments de ce réfugié reparti, fatigué après un long périple.
Revenir, c’est errer dans un stade abandonné à la recherche des échos de clameurs passées.
Revenir, c’est visiter sa tombe.
Revenir, c’est éprouver le drame d’une « gueule cassée » devant le miroir de sa chambre.
*

Une rue familière nous apparaît dans un décor de cinéma. Elle ne donne nulle part ! Des vergers abandonnés, envahis de ronces, offrent en abondance des fruits inaccessibles et que nul ne cueillera. Le village est ce puzzle qu’un enfant coléreux aura renversé d’un geste d’impatience.

Voici  nos maisons,  surprenantes et irréelles, éprouvées par le temps. Elles nous laissent indifférents. Occupées par des inconnus, ceux-ci s’interrogent à notre sujet, nous ces « étrangers »,  curieux, immobiles devant  leur porte. Méprisés et indésirables, nous nous nous éloignons coupables de nous retrouver.

Surgissent alors  des revenants sortis des tombes, hagards. Tant de drames et d’évènements passés nous donne la nausée.

Nous repartons, et pour toujours cette fois-ci. Il faut bien achever ce rêve ou notre mort, sortir de ce cauchemar et se décider enfin de revivre ou d'accepter notre mutation.

Ne nous retournons jamais !