Les Rogations

Les rogations
Les Rogations, fêtes catholiques, encore vivement observées dans les années 1970, sont totalement tombées en désuétude et dans l'oubli. D'une part, l'agriculture a  évolué de façon fulgurante et les villages agraires ont disparu avec leurs curés. D'autre part, la notion de fête traditionnelle n'est plus comprise et depuis les réformes diverses et profondes menées depuis le Concile Vatican II par l'Eglise, le calendrier et le Sanctoral  ont été vidés des premiers saints considérés liés à la mythologie locale, en France notamment. Or, en épurant sa liturgie, l'Eglise, a définitivement abattu un pan entier des traditions françaises, mais aussi les puissants symboles, supports de dévotion et de mystère qui ont entretenu le sacré.

Les risques de gelées matinales subites  sont fréquentes au mois de  Mai, même fleuri. L’hiver n'est plus, mais  le froid tente d'ultimes attaques contre le retour ees températures clémentes du jeune Printemps. Le passage d'une saison à l'autre est toujours dangereux. C'est aux aurores que les matins surprennent !

La Lune Rousse tant redoutée par les agriculteurs et les jardiniers est propice aux retombées brutales,  ô combien désastreuses pour nos frêles plantations ou pour nos vergers en fleurs.  Mai est un mois d'orages. La fonte des neiges des hauteurs provoquer souvent des inondations. L'hiver  veut s’attarder avec ses méfaits au dépend du travail de la terre. Il n'y a pas si longtemps c’est à la bonté céleste que les campagnes s’en remettaient en pratiquant les processions des Rogations et en intercédant les célèbres Saints de Glace protecteurs des cultures.

Cette météorologie chaotique agit aux environs des 11, 12 et 13 Mai, à la Saint Pankras, la Saint Servais et la Saint Boniface. Les Rogations furent au temps du calendrier Julien  réglées par la Lune, mais le calendrier Grégorien les a fixées définitivement à ces dates. Ainsi elles ne coïncident  plus avec les jours de fête des Saints de Glace même. Peu importe la nature ne se soumet à aucun décalage calendaire.

Les Rogations se déroulent à présent les Lundi, Mardi et Mercredi de la semaine de l’Ascension,  dix jours avant le Dimanche de la Pentecôte. Le mot rogation vient du latin rogare qui signifie demander, solliciter et interroger. Une procession se formait de bonne heure au départ de l’église les  trois matins en question pour s'engager à travers champs. A la vue de cette invasion matinale les lièvres surpris dans les chemins de terre, immobiles un instant, prenaient effrayés  une fuite folle, alors que les canards, impassibles poursuivaient leur paisible navigation sur l’eau de la rivière encore enveloppée des vapeurs matinales.

Les enfants de chœur en tête du cortège, distancés du "peuple" s’imaginaient le conduire. Les chants et les litanies  scandés par les fidèles couvraient leurs bavardages d’écoliers sans grand rapport avec la religion. Ces enfants de ferme connaissaient parfaitement leur campagne et  échangeaient leurs appréciations très « autorisées » sur  l'état d'avancement des cultures des champs des agriculteurs du village qu’ils nommaient avec force d’humour local par leurs sobriquets à la manière d'une litanie  champêtre.

Henri Dontenville - Mythologie française - Edition Payot: "La date du calendrier de beaucoup les plus fréquentes des cérémonies commémoratives, est celle des Rogations et spécialement le troisième jour. A cette époque de l'année, il s'agit, par prières et rites appropriés, de protéger les récoltes naissantes contre les maux de eaux. Au troisième jour, le "dragon" doit-être détruit ou au moins jugulé."
"Le Dragon de Metz était le Graouly ou Graouilli (Grawellin, 1545; Graulin, 1571), mot calqué sur l'allemand gräulich: effrayant. Il était en effet avec ses écailles vertes, sa longue queue, ses griffes sanglantes, sa large gueule; mais on le bourrait pour les Rogations de gâteau et de tartelettes et le Maire de Woippy allait le conduire jusqu'au porche de la cathédrale."