Le solstice d'hiver

Nativité

La Saint Jean-Baptiste, au Solstice de l'Eté projette Noël. Le Soleil, arrivé à son apogée le 21 Juin, s'apprête à décliner pour atteindre sa déchéance le 21 Décembre et renaître le 25,  le jour de Noël, fin du Solstice d'Hiver.  Ces évènements cosmiques produisent de réels phénomènes physiques et psychologiques sur tout être vivant à des degrés très variables. La décapitation de Saint-Jean Baptiste symbolise  la chute du Soleil et la promesse  de sa renaissance.

Au Solstice d’Hiver,  la terre atteint le cœur de la saison hivernale. Le Soleil plus lointain atténue les influences supra terrestres sur l'ensemble de la nature. Cela provoque chez l'homme, tout du moins, un repli sur lui-même et  freine ses aspirations spirituelles. Les religions solaires avaient adapté leur liturgie à ces situations saisonnières. L'homme est livré dans  ces moments à ses penchants aux choses matérielles. Aussi, ce n'est qu'avec  la restauration progressive de la lumière opérée au cours des Douze Nuits magiques entre  Noël et l'Epiphanie, que l'homme retrouve timidement de nouveaux élans spirituels avec le faste  liturgique, exceptionnel, de la fête des Rois.

Dans la Nuit de Noël, les anges avaient annoncé aux bergers endormis la bonne nouvelle et les encouragèrent à descendre des montagnes vers la crèche. Les Mages, venus  plus tard d'Orient, guidés par l'Etoile, avaient été avertis de la naissance du "Roi des Juifs". Mais, l'Eglise tarda à formaliser ce temps de Noël en deux phases que l'antiquité païenne célébrait diversement.
Dionysos, dieu du genre humain,  faisait jaillir le vin (l'esprit). Le vin de glace des régions Mosello-Rhénanes est probablement l'héritier de la tradition des vendanges  à la fête des Rois Mages qui produisait un vin royal : Köenigswein ou Eiswein. Les Noces de Cana, de l'Evangile,  n'était-elles  pas le surgissement d'un vin royal venant du Christ évinçant un vin ordinaire servit au cours du repas ? [1].

Les vieux rites tribaux germaniques nous apparaissent barbares; ils choquent nos sensibilités des temps actuels. Un  père avait droit de vie et de mort sur son nouveau-né déposé à ses pieds. Il pouvait le renvoyer dans le monde d'où il venait ou bien le rendre mortel par la nourriture terrestre qu'il recevra.... Ces tribus possédaient pourtant une grande spiritualité et un grand esprit de sacrifice. Et cela n'est-il pas à rapprocher d'un autre épisode de l'Evangile: l'horrible Massacre des Saints Innocents  qui fut pourtant  le dessein de Dieu, rappelant la mort voulue par Dieu du premier-né égyptien pour la délivrance du peuple juif?

D'autres tribus germaniques  désignaient leur futur  roi parmi les premiers nouveaux nés de la nuit du Solstice d’Hiver. Le règne de cet enfant durait trois ans, mais commençait au jour de ses trente ans. A l'issu de son règne bref, il était mis à mort. Cela n'est-il pas sans rapport avec la naissance de Jésus  « Roi d’Israël », né  au Solstice d'Hiver,  entré dans sa vie publique à  l'âge de trente ans et mort trois ans plus tard sur la Croix? Dès la nuit du solstice d’hiver, les tribus germaniques se mettaient en marche pour trouver l’enfant. Ils partaient en quête afin de  rendre hommage à leur futur roi, comme les Rois Mages partirent à la recherche de Jésus pour le reconnaître Roi des Trois Mondes. Cela nous rappelle  encore les Tibétains partis à la recherche de l’enfant, incarnation du Dalaï Lama ? Selon la mythologie germanique,  les mères des enfants promis au règne, étaient vierges conçues par la déesse Nertus apparue neuf mois plutôt. Cela nous rappelle l'Annonciation par l’Ange Gabriel à Marie. La même déesse Nertus  guidait les chefs de tribu à la recherche de l'enfant futur roi, en apparaissant dans le ciel sur un chariot tiré par des rennes,  une branche de sapin à la main indiquant aux hommes le chemin, comme les anges guidèrent les Bergers de Bethléem ou encore comme l’Etoile des Mages venus d’Orient. (2)

A Rome vers l’an 182, des manifestations d'esclaves païens,  en faveur du culte de Mithra, le dieu solaire fêté le 25 décembre au solstice, prenait une ampleur considérable. De plus en plus de Chrétiens rejoignaient ces mouvements. Impuissant à freiner l’ardeur de ceux-ci d'assister aux feux de Mithra, symboles du renouveau de la lumière, la papauté, vers l’an 354, prit la décision de fêter  la naissance du Christ ce jour là même. Or, les chrétiens ne fêtaient que les anniversaires des morts, des martyrs, et bien entendu celle du Christ sur la Croix. Seule, alors, l’épiphanie symbolisait, comme son nom l'indique la manifestation divine par l'Incarnation du Fils de Dieu. Cette grande fête des débuts du christianisme perdit progressivement son faste au profit de Noël. La décision d'élever la naissance de l'Enfant Jésus au-delà de l'événement suprême, l’épiphanie, eut de nombreuses conséquences sur le comportement futur du monde chrétien !

Mithra signifie pluie. La pluie descend du ciel chargée des influences spirituelles sur la terre et possède un rapport avec la lumière. Le mouvement religieux fit des adeptes très rapidement jusque dans le Nord de L’Europe et ce phénomène a certainement favorisé l'aspect solaire du Christ. Les fidèles de Mithra  sortaient des grottes à minuit de la nuit du 24 au 25 décembre en clamant : «  La Vierge-Mère a enfanté ! La lumière croît ! » Ils s’agissait de la Vierge-Mère égyptienne Isis épouse d’Osiris, mère d’Horus. Les égyptiens représentait la renaissance du Soleil par un petit enfant ou un nouveau-né.

[1] Aux premières vêpres de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, on chantait selon les paroles de l’Evangile selon Saint Luc  I, 14-15, « qu’il ne boira ni vin, ni rien qui enivre », parce que Jean était consacré à Dieu dès le sein de sa mère. Il était un « Nazir », un ascète en Hébreux.
[2] Benoît XVI – L’Enfance de Jésus – Flammarion. « Les Mages pratiquent devant l’enfant royal la proskynesis, ils se prosternent devant lui. C’est un hommage que l’on rend au Roi-Dieu.» et « A partir de là s’expliquent ensuite les dons qu’offrent les Mages. Ce ne sont pas des dons qui auraient peut-être été utiles à la Sainte Famille. Les dons expriment la même chose que la proskynesis : ils sont une reconnaissance de la dignité royale de celui auquel ils sont offerts. »