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Les Trois Mondes

René Guénon dans son ouvrage Aperçu sur l’Ésotérisme Chrétien évoque la transformation du christianisme en religion, c’est à dire l’extériorisation de ses rites.

« Il serait probablement impossible d’assigner une date précise à ce changement qui fit du Christianisme une religion au sens propre du mot et une forme traditionnelle s’adressant  à tous indistinctement ; mais ce qui est certain en tout cas, c’est  qu’il était déjà un fait accompli à l’époque de Constantin et du Concile de Nicée, de sorte que celui-ci n’eut qu’à le « sanctionner » si l’on peut dire, en inaugurant l’ère des formulations « dogmatiques » destinées à constituer une présentation purement exotérique de la doctrine. »

Le compost païen avait servi de lit à la création de Noël en 354, comme nous le soulignions dans un article précédent. Ce fut l’aboutissement d’un long processus d’une mise en forme d’une religion nouvelle, indépendante de toute autre tradition, du judaïsme notamment. Ce fut également la fin du caractère initiatique du Messianisme primitif. Ainsi, l’Eglise chrétienne exclusive se coupera des liens avec la Tradition universelle. Elle allait peu à peu s’appauvrir spirituellement comme l’eau, coupée de sa source croupit.

Depuis quelques dizaines d’années, sinon plus, l’Eglise a délaissé l’hébreu et le grec, ses langues sacrées et d’études. Puis, elle abandonna le latin, sa langue liturgique et d’enseignement.  Ses principes cosmiques, justifiant à peine son calendrier liturgique, et sur lesquelles elle s’était assise dans la période d’avant Concile de Nicée, eut pour conséquence l’appauvrissement lent et progressif de ses rites et de sa liturgie, reflet de sa foi. D’une manière générale elle s’est humanisée. Cependant, la papauté présente encore les clefs pontificales et apostoliques de Saint Pierre sur ses armoiries, symboles du pouvoir de lier et de délier dans le ciel et sur terre, c’est à dire dans les Trois Mondes.

Pourtant,  en plein Concile Vatican II,  le pape Paul VI dépose sa tiare devant tous les évêques réunis en session, pour ne plus jamais la remettre. Elle fut abandonnée par ses successeurs et bannie dans l’Eglise. Le Saint Père renonça ainsi à un attribut hautement symbolique: le triregnum à trois couronnes symbolisant la triple royauté du chef de l’Eglise dans les Trois mondes. Ce geste signifia la rupture définitive du catholicisme avec la Tradition universelle que représentent les Trois Rois-Mages, authentiques représentants de celle-ci.  Cette scène médiatisée, d’une grande portée symbolique, intervenue lors de la clôture du concile Vatican II, en Novembre 1964, annonçait des réformes encore jamais connues dans l’église et la rupture définitive de ses derniers liens avec les autres traditions.
 
 

Tiare des trois mondes
Le Triregnum symbolise la triple royauté dans les Trois Mondes